Sukedachi 09 continue son petit chemin en France grâce aux éditions Kurokawa avec un troisième tome qui se montre tantôt rassurant tantôt inquiétant.

sukedachi09_t3Depuis le mois de septembre, nous vous évoquions le manga Sukedachi 09 proposé en France par Kurokawa. Nous avions présenté ce « poids d’une vie dans le viseur de la loi du talion » intelligemment mis en relief dans le tome 2. L’esprit de ce troisième est légèrement différent. Bien évidemment, nous retrouvons encore la pesante loi de réparation qui est au coeur de l’oeuvre de Seishi Kishimoto mais l’attention se porte davantage sur les personnages. Cela pose deux questions fondamentales. Sukedachi 09 prendra t-il de l’ampleur en ce qui concerne son intrigue générale ? Ou se contentera t-il de raconter des chroniques profondes différentes dans chaque tome ?

 Un troisième tome profond

L’histoire se concentre sur Yuki, une Sukedachi aveugle qui cache un terrible passé. Le traumatisme qu’elle a vécu a laissé toutes ses séquelles sur la perception du monde qui l’entoure. Dès les premières pages, le décor est installé et il est teinté d’un rouge sanglant. Difficile de ne pas poursuivre la lecture après le premier tableau porté par des pensées macabres :

« A quoi ressemble la couleur rouge ? Je ne peux… la cerner que par l’odeur qu’elle dégage ».

Sous ces mots, une jeune fille blonde et une tapisserie ensanglantée qui porte une table toute aussi lourde, comme si elle portait les restes d’un repas partagé entre monstres. Vous devinez alors qu’un crime méritera réparation et qu’il concernera directement la jeune Yuki. Elle demeurait mystérieuse jusqu’ici et nous apprendrons enfin son histoire, ce qu’elle a traversé, ce qu’elle vit, sa vision de vie qui va évoluer avec l’influence de Kota. Deux autres héros sont au centre de ce tome, notamment Ryôko dont le quotidien est déchirant. Plus en général, la patte artistique est d’une grande qualité et c’est ce qui poussera de nombreux lecteurs à attendre la suite avec impatience.

Néanmoins, une question reste en suspens : en terme d’intrigue générale, le manga va t-il décoller ? 

Dans mes souvenirs, le tome 2 aurait pu être précurseur d’une contestation sociale concernant cette loi du talion prise en charge par les Sukedachi. Haruka Yanase, la jeune journaliste contestait fermement la banalisation de cette loi de réparation et menait une enquête qui en dérangeait plus d’un. Malheureusement, lors de ce tome 3, elle est complètement en retrait, elle a même disparu au profit de trois Sukedachi que l’on apprend à mieux connaître.

Cela engendre un aspect négatif. Contrairement aux personnages, l’intrigue en elle-même ne gagne pas en profondeur. Elle n’a d’ailleurs pas avancé. Peut-être s’agit-il d’un tome de transition d’un événement à un autre et qu’on nous réserve dans le tome 4 un rebondissement important auquel participeront les différents acteurs présentés ici. L’oeuvre aurait tout intérêt à ce que ce soit le cas car même si le format chronique qui dédie une histoire à chaque Sukedachi est captivant, bien dessiné et souvent narré avec fatalité mais jamais aucune légèreté, tracer les lignes d’une intrigue plus vaste pourrait l’emmener dans une toute autre dimension.

 Le tome reste tout de même d’une qualité incontestable, Seishi Kishimoto peignant un univers sombre dans lequel les différentes personnalités s’entrechoquent en gardant toute l’attention du lecteur.