Sorti à l’origine sur PS Vita en 2015, Senran Kagura Shinovi Versus s’offre une virée sur PC dont on aurait très bien pu se passer.

senran kagura

Fiche Technique

  • Support de test : PC – OS W7 64 bits / Intel Core i5-2500K 3,30 GHz / 8 Go RAM / Asus GTX 760 OC
  • Version du jeu testée : version commerciale fournie par l’éditeur
  • Développeur : Tamsoft
  • Éditeur : XSEED / Marvelous USA
  • Type : Beat’em’all / Visual Novel
  • Date de sortie française : 1er juin 2016

Senran Kagura est la preuve qu’un jeu n’a pas besoin d’être immense en contenu pour être compliqué à tester. Entre l’étalage massif de boobz, les plans culottes par centaines, l’apologie de la femme-objet en guise de concept de base, les blagues sur le harcèlement sexuel, l’ambiguïté sur l’âge des personnages, la possibilité de peloter ceux-ci dans les écrans de menu, et autres joyeusetés qui font le sel de ce genre de production 100% japonaise, un choix s’impose : faut-il tester Senran Kagura Shinovi Versus avec des yeux strictement occidentaux, ou doit-on en tolérer les éléments qui nous paraissent problématiques en se basant sur le fait qu’il s’agisse d’un genre de jeu à part entière au pays du Soleil Levant ? Les deux points de vue se valent sûrement, mais concernant le test ici présent, le premier est celui qui a été retenu. Évidemment, ce choix n’engage que l’auteur de cet article.

Le retour du Boobs’em’All

L’ami TobyOne avait utilisé ce terme pour qualifier Senran Kagura Estival versus lors de son test, et force est de constater que ce qualificatif est toujours d’actualité tant la franchise continue de se reposer sur l’affichage de poitrines géantes en gros plan, tout en reléguant le gameplay au second. Senran Kagura, pour ceux du fond qui découvriraient la licence avec ce test, met en scène plusieurs clans de Shinobi (NDLR : shinobi = ninja, bien que le terme exact devrait être « kunoichi », le véritable mot réservé aux femmes ninjas) qui s’affrontent pour des raisons idéologiques rigoureusement manichéennes. Dans le monde de Senran Kagura, en effet, il existe les « bons Shinobis » et les « mauvais Shinobis », avec quelques nuances comme la présence de Shinobis renégats, comme pour masquer la pauvreté du socle scénaristique de base. Le but de la licence semble effectivement plus d’être une foire à la culotte bas de gamme qu’une œuvre digne des meilleurs animes japonais.

Senran Kagura Shinovi Versus ne déroge donc pas à la règle : il s’agit ici d’un Beat’em’All classique permettant d’incarner plusieurs personnages aux talents divers et variés, afin d’affronter des cohortes d’ennemis et ensuite atteindre un boss offrant un challenge plus corsé. Les personnages sont dotés de plusieurs combos, ainsi que de transformations. La forme de base, nommée « Flash » est celle de départ ; vient ensuite le choix entre la forme « Frantic » (baisse de la défense, augmentation drastique de l’attaque) qui a pour effet de se retrouver en sous-vêtements, et la transformation en Shinobi, donnant accès à une tenue spéciale et à des techniques surpuissantes.

senran Kagura

Une histoire aussi peu remarquable qu’un ninja

Au lancement du jeu, on constate que l’introduction, très jolie, est digne d’un opening d’anime japonais, nous présentant les personnages principaux de manière animée. Hélas, il s’agira des seules animations hors-phases de gameplay que vous croiserez de tout le jeu. Faisant le choix du Visual Novel, toute l’histoire de ce Senran Kagura sera narrée sous forme de texte sur fond d’image fixe. Si le Visual Novel est un genre à part entière qui possède autant ses fans que ses détracteurs, force est de constater que ce choix est plutôt mal adapté à un jeu orienté Beat’em’All. Des phases de combat nerveuses, on passe aussitôt à des pavés textuels insipides qui nous donne très souvent l’envie de zapper pour passer à la suite. Si certaines scénettes sont suffisamment drôles pour nous arracher un sourire et nous donner l’envie de suivre le défilement du texte, les trois-quarts de l’histoire ne seront pas assez palpitantes pour nous donner l’envie de passer plusieurs minutes dessus.

D’ailleurs, en parlant du texte, il est à noter que cette version Steam de Senran Kagura Shinovi versus n’est pas traduite en français. Si les voix japonaises (imposées) sont appréciables pour profiter d’un jeu dont l’ambiance est indissociable de l’écoute du japonais, on regrette tout de même l’obligation de devoir se farcir l’anglais au lieu d’une localisation française. D’un autre côté, à moins d’accrocher furieusement à l’histoire (en plus d’être anglophone), le jeu peut se jouer sans ne porter attention à la moindre ligne de texte. Un inconvénient qui n’en est pas vraiment un, en définitive.

Cependant, si l’histoire du jeu vous intéresse, sachez que les développeurs ont pensé à un système de glossaire intégré qui vous permettra facilement de comprendre les enjeux du scénario en cliquant sur certains mots-clés mis en rouge. Ainsi, même si vous débarquez dans l’univers de Senran Kagura, comme moi, vous aurez la possibilité de comprendre de quoi il en retourne lors des dialogues et des monologues.

senran kagura

C’est lundi, c’est shinobi

Senran Kagura Shinovi Versus nous propose d’incarner 3 + 1 écoles (la quatrième est à débloquer après avoir joué avec les trois autres), chacune d’entre elles comportant cinq Shinobis aux styles de combat différent pour un total de vingt personnages (+ deux disponibles à l’achat dans le magasin in-game, provenant à l’origine d’un DLC qui est inclus dans la version occidentale du jeu). Concrètement, cette variété des personnages est appréciable, et on se surprend vite à avoir ses préférées parmi les combattantes disponibles. Les combats ne manquent pas de punch, les effets d’impact non plus, et on prend du plaisir à foncer dans le tas des ennemies pour tenter de provoquer un « Aerial Rave », technique qui déclenche une opportunité d’expédier ses adversaires dans les airs en exécutant une sorte de home run pour poursuivre ses enchaînements et ainsi continuer à faire grimper le compteur de coups qui influe sur le gain d’expérience à la fin du combat. Cet aspect du jeu – censé être principal dans un beat’em’all – est plutôt bien réussi, même si on regrette que les combos soient limités à des combinaisons de deux touches (X et Y sur le pad Xbox), ce qui en fera un titre accessible pour les débutants/casuals, mais laissera les aficionados de Dynasty Warriors-like sur leur faim.

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Au registre des coups spéciaux, Senran Kagura Shinovi Versus est assez intéressant. Le jeu vous propose de jouer avec 3 formes différentes décrites brièvement en haut de ce test : Flash (forme de base), Frantic (une sorte de mode « glass cannon », avec une faible défense et une grande valeur d’attaque), et Shinobi (la transformation power-up). En règle générale, les transformations soignant l’intégralité de la santé, il est privilégié de combattre le plus longtemps possible en mode Flash afin de pouvoir se soigner en cas de situation critique, ce qui arrivera souvent lorsqu’un boss enclenchera sa transformation en Shinobi pour enchaîner ses coups spéciaux. D’ailleurs, vous aurez aussi accès à une courte palette de coups spéciaux en mode Frantic ou Shinobi. RB + X et RB + Y seront les combinaisons de touches vous permettant de déclencher des attaques puissantes capables d’arracher une bonne partie de la barre de PV adverse (et qu’il est un peu trop facile de spammer pour vaincre les boss). Un peu plus tard, vous débloquerez même le combo RB + A, une technique ultime uniquement utilisable sous la barre des 20% de PV… hélas, les probabilités de déclenchement de ce type d’attaque sont très faibles, et ce test ne nous a d’ailleurs pas permis de l’utiliser une seule fois… L’IA, elle, a sûrement dû l’utiliser une ou deux fois maximum sur un total de 22 heures de jeu. Autant dire que cette troisième technique « ultime » est purement là pour le décorum.

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Les contes des mille et une culottes

Or, au-delà de cet aspect combat pas trop mal réussi, on remarque vite que le reste du jeu est bien moins pertinent en terme de gameplay, au point de croire, parfois, que l’essentiel du brainstorming nécessaire à la création de ce Senran Kagura a été dédié à l’élaboration des éléments annexes… Les trois-quarts du jeu tournent en effet autour de l’omniprésence des boobz et autres plans culotte, au point d’en subir une overdose. Si durant les premières minutes de jeu, le genre peut porter à sourire et apporte une sorte d’identité visuelle et artistique au soft, cela en devient très lourd sur la longueur.

Juste pour donner un ordre d’idée de la différence de soin apporté au gameplay et au fan-service, en sachant que les combos se basent sur seulement deux touches (voire une seule, la deuxième n’étant pas vraiment primordiale), le magasin du jeu contient 99 types de sous-vêtements différents pour habiller vos personnages. Oui oui, 99. 99 types de culottes et de soutiens-gorges à gagner et à collectionner pour personnaliser vos personnages. Et même si certains sont simplement des variations de couleurs et/ou de motifs d’autres modèles, cela donne un aperçu du temps de cerveau qui a été accordé à ce genre de détail, alors que le système intrinsèque du jeu – les combats – aurait mérité d’être un peu plus travaillé. Cependant, dans un registre plus habillé, on apprécie tout de même l’immense nombre de tenues, coiffures et autres accessoires permettant de personnaliser ses Shinobis, cet aspect du jeu étant appréciable pour mieux s’approprier les personnages.

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Et les combats, bien que réussis malgré leur simplicité légèrement décevante, subissent également cette overdose de fan-service de plein fouet. Le concept de base de Senran Kagura Shinovi Versus étant d’arracher les vêtements de ses adversaires, chaque morceau de barre de vie arrachée à l’ennemi est l’occasion de lui enlever un peu de tissu. Là encore, si le concept est rigolo au début, le systématisme trop fréquent de cette foire à l’arrachage de fringues provoque plus l’ennui que l’excitation au bout de plusieurs heures de jeu. Et si le kitsch est un ressort appréciable dans ce genre de production un peu barrée, celui-ci cède ici vite la place au mauvais goût, conséquence logique de son excès. Il en va de même lorsque le jeu vous encourage à effectuer un coup spécial sur un ennemi que vous aurez mis en sous-vêtement au cours du combat afin de lui arracher ceux-ci en guise de Fatality : voir les têtes des adversaires en version shibi cacher le bout des seins des personnages prête à rire les premières fois, mais le runing-gag perd en efficacité au bout de plusieurs combats… spécialement lorsque l’ambiguïté sur l’âge des personnages ne suffit plus à oublier la présence de jeunes filles prépubères au sein de certaines écoles de Shinobis.

Shinovide

Si à cela, on rajoute une ergonomie de jeu plutôt moyenne (le magasin n’offre aucun aperçu des items avant l’achat, les déplacements sont un peu raides, et les chargements sont parfois longuets), ainsi que de courts niveaux organisés en couloirs n’offrant aucune liberté d’exploration ni réel objectif à atteindre autre que celui de dérouiller l’ennemi, on se rend compte que Senran Kagura Shinovi Versus se révèle être un jeu plutôt vide de contenu, une sorte de frère pauvre du Beat’em’All, auquel les créateurs ont rajouté une ribambelle de guirlandes en forme de soutifs pour cacher la misère, en espérant que l’enrobage salace du jeu suffise à susciter de l’intérêt chez les joueurs. A ce stade, impossible de savoir qui, entre les filles et les garçons, doit se sentir le plus insulté.

Au niveau de la durée de vie, le jeu peut être terminé en moins de vingt heures si vous vous contentez de terminer le mode histoire en ligne droite, environ vingt-cinq si vous prenez le temps de faire les quêtes personnelles de chaque personnage. Et si vous accrochez tellement au jeu qu’il vous en faudrait encore plus, sachez qu’il est possible de refaire toutes les missions disponibles en mode difficile, engendrant ainsi une durée de vie presque deux fois plus longue.

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LES TOPS

LES FLOPS

  • ? Un style graphique très joli.
  • ? Certains personnages sont très charismatiques.
  • ? Dérouiller les ennemis demeure agréable malgré la trop grande simplicité des combos disponibles.
  • ? L’omniprésence du fan-service qui relève de l’overdose.
  • ? La possibilité de peloter les personnages dans les menus : était-ce bien nécessaire ?
  • ? Les temps de chargement sont parfois un peu longs si on prend en compte le niveau technique du jeu qui est loin de faire surchauffer la CG.
  • ? Un scénario d’une grande platitude.
  • ? Des niveaux en couloir trop dirigistes, trop courts, et peu variés.
  • ? Une difficulté quasi-inexistante.